Avec le retour des jours d'afluence, j'ai décidé de m'attaquer à un sujet qui fait débât: la photo souvenir.
Depuis l'adoption des congés payés, l'invention de la caméra 8mm, du jetable puis la consécration de l'omniprésent numérique, la photo souvenir est devenue l'incontournable de nos
vacances.
Or, ce réflexe compulsif se heurte, au château, aux nécessités du lieu. Je passe les évidentes questions de sécurité. Il s'agit surout de problèmes de préservation. Une tapisserie XVIè
s'accomode assez mal des flashs. Enfin, il en va de la simple tranquilité de tous. Avez vous déjà essayé de faire/suivre une visite quand on vous bombarde de flash? Au début c'est
flatteur, très vite, c'est insoutenable. De plus, vous savez pertinemment que toute personne qui photographie n'écoute plus et qu'il y a toujours des personnes pour vous demander de
répetter. Enfin, essayez de vous concentrer lorsque un ou deux visiteurs commentent à voix haute le film de leur vacances qu'ils tournent au même moment ou qui ponctuent leur prise de
"là, le guide vient de faire une blague sur les armures, c'était très drôle" (si si, ça arrive!!!). Imaginez en plus que vous deviez supporter tout ça devant 30 personnes alors que vous passez
constemment du français à l'anglais 5 à 7 fois par jour. C'est infaisable.
Néanmoins, pour satisfaire tout le monde, nous avons décidé d'accepter les photos en début de visite sans même un droit d'auteur ni de copyright demandé de la part d'un guide pourtant
sourcilleux sur son droit à l'image. Quelle générosité!
Mais malgré ça, ces règles ne cessent de déchainer les passions. C'est ainsi que, pour le guide, la visite se résume vite à une course poursuite entre sa visite multilingue et les
visiteurs qui traînent volontairement derrière pour arracher un cliché ou ceux qui courent devant pour le même motif. Sans compter ceux qui dissimulent leur appareil en pensant ne pas se
faire voir (ce qui est faut, croyez-moi, on prend très vite le coup et l'entraînement ne manque pas). La plupart du temps il s'agira d'une photo prise à la va-vite, pas cadrée, floue ou de
mauvaise qualité. D'où ma constatation: n'est ce pas plutôt l'interdit qui motive de telles conduites ? J'en veux pour preuve ce groupe qui s'est vanté, d'avoir "bien eu le guide" en
organisant moultes diversions devant la comtesse qui les écoutait incognito ! Quel est l'intérêt? Celui du souvenir que l'on se repassera avec nostalgie dans un scéance diapo à la
maison sans savoir que, parce que le guide a perdu trop de temps, une salle n'a pu être montrée? N'est-il pas plus intéressant de s'imprégner d'une atmosphère unique plutôt que de gâcher une
visite juste pour le plaisir de se dire qu'on pourra la revoir après sur son ordinateur ? Pour franchir les règles, on a été jusqu'à me présenter une
carte certifiant que "le détenteur prend des photo à titre culturel". Mais où va-t-on? Toute règle à un sens, dans un monument historique comme ailleurs, pendant les vacances comme n'importe
quand dans l'année. Ne pas la suivre c'est obligatoirement nuire à quelqu'un, voire soi-même.
Alors, pour mettre fin à ce triste constat, je vais vous donner ma philosophie à chaque visite. Tout monument historique a son âme propre, fruit de son histoire. Par notre manière de
les présenter, nous autres guides essayons de participer de cette âme et de vous transmettre cette atmosphère unique que vous ne retrouverez jamais assis derrière un écran, pas plus que vous ne
garderez ces souvenirs là sur une feuille de papier glacé. Personnellement, je préfère mille fois oublier le contenu préçis d'une pièce pour peu que mon esprit en ait gardé une image que mon
imagination déformera avec bonheur et qui me donnera l'envie de la faire partager.
Heureusement, vous êtes nombreux à le comprendre et à respecter, chacun à sa façon, notre patrimoine. A ceux là, qui me donnent toujours, l'envie de vous en faire partager le plus
possible je dis, de tout coeur, MERCI.